Les commentaires ne sont pas tendres. Le vote de la loi sur le Prix Unique du Livre Numérique n'aura jamais aussi bien mérité son sobriquet de Prisunic, mais plus encore de prix inique.
Interrogé par France Inter, le président du Syndicat des distributeurs de loisirs culturels, Jean-Luc Treutenaere, et directeur des produits éditoriaux chez Cultura, enfonce le clou sur les discussions. En effet, le SDLC avait estimé qu'en l'état la loi privilégiait les revendeurs situés hors du territoire français. Et pour cause...
Considérer que cette loi puisse introduire «
une différence de traitement entre les libraires français et étrangers » est une attaque sauvage contre les sociétés du pays. (
notre actualitté)
Que l'on se mette au clair : avec Prisunic, tout vendeur basé en France se verra imposer un prix unique pour les ebooks qu'il vendra. À la différence des vendeurs étrangers - rappelons qu'Amazon est situé au Luxembourg, et doit déjà sabrer le champagne - qui n'auront qu'une relation contractuelle, à travers le contrat de mandat. Une version contractuelle du prix unique, mais qui est établi en fonction d'une grille tarifaire et après négociation entre les acteurs, éditeurs et vendeurs.
Pour Jean-Luc Treutenaere, ce type de relation implique nécessairement que des rapports de force peuvent jouer. Et dès lors, avec les acteurs de grande envergure que sont Apple, Amazon et Google, il est possible que l'on assiste «
à une best-sellerisation », voire une réduction de l'offre, qui pèsera sur les éditeurs et sur les auteurs.
La situation ne s'arrête cependant pas là : au sortir de la séance de l'Assemblée, plusieurs réactions convergeaient, évoquant, qui un projet complètement déséquilibré, en faveur des éditeurs, qui une imposture - jamais, contrairement à ce qu'Hervé Gaymard a pu dire, Hachette n'a imposé le contrat de mandat à Amazon ; c'est Apple qui l'a sorti de son chapeau pour prendre des parts de marché à Amazon, ni plus, ni moins.
Cuisine et dépendancesCe qui est plus inquiétant, c'est que, soucieux de défendre la chaîne du livre, Hervé Gaymard vient d'ouvrir la porte à la mort pure et simple des librairies. Prends ta tête à deux mains mon cousin : les libraires nationaux, pour qui le prix unique sera imposé, devront nécessairement faire face à une concurrence déloyale, vis-à-vis des revendeurs étrangers. Explications.
Comment sera fixé le prix, dans le cadre du contrat de mandat ? Par des négociations commerciales. Qui, finalement, finiront par imposer, indirectement, le prix que les éditeurs fixeront pour la vente sur le territoire. En somme, Google, Apple et Amazon établiront le prix de vente. Ce qui est amusant, c'est que le contrat de mandat, contrairement la loi PULN n'a jamais eu pour vocation de préserver la diversité culturelle.